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Dimanche 30 juillet les troupes de choc arrivent

Matinée. On frôle la catastrophe au quartier Saint-Etienne, près de la Sée. La nef de l'église s'écroule sous les bombes sur une douzaine de fidèles. Par miracle, on ne déplore aucune victime. L'église de Saint-Jean-de-la-Haize écope de quelques tirs d'un groupe d'avions pourchassant un convoi allemand qui s'enfuit sur la route de la Sée. Une centaine de véhicules mitraillés flambent au pied de la colline, en direction de l'Est. Jamais on n'a aperçu autant d'avions dans le ciel.
Les chasseurs-bombardiers volent en formation losange par 12. Les Américains approchent. Ils arrivent par les routes de Granville et de la Haye-Pesnel.

15 h. L'abbé Duguépéroux abrège les vêpres de la communion solennelle au Val-Saint-Père, car l'eglise tremble dangereusement. Les premières troupes terrestres américaines (route de Granville) bombardent à l'artillerie la colline d'Avranches pourtant désertée par l'ennemi.
18 h. Une colonne alliée en provenance de Sartilly passe à
côté du poste de commandement du général SS Hauser (à la tête des troupes de la Manche) et de son état-major qui s'enfuient à pied, puis en voiture, vers Brécey.


Route de Granville, entrée de Marcey-les-grèves.Pour dégager la chaussée le génie américain,
pressé pousse dans un énorme trou de bombe des cadavres de chevaux, voire des soldats allemands.

Le Motté, soirée, un détachement prend position au sud et au sud-est de la ville.
André Bazin, agé de 7 ans, réfugié à la ferme du bois du Motté, assiste à l'arrivée des troupes de choc. « Ils ont emprunté un chemin creux au bas de la Pivette. Les chars ne touchaient pas terre, car le chemin était trop étroit. Ils roulaient sur les talus ». André Bazin découvre, étonné, les premiers soldats:
« Des noirs et des blancs, barbouillés, fatigués, excités. Ils ne connaissaient qu'un seul mot français : Calvados ».

Les Américains sympathisent avec la population: « Ils nous distribuaient des chewing-gums, des bonbons en tube et des cigarettes, que nous fumions en cachette. » Les soldats tendent, un grand drapeau sur le champ du Motté (pour être identifies par leur aviation) et mettent en batterie une DCA « Le fût du canon, rougi par les tirs, brillait dans la nuit. »

Les troupes de choc comprenaient quelques prisonniers de Chicago, parfois des assassins, venus chercher leur réhabilitation dans les combats. Une colonne composée de 12 blindés, de 25 jeeps et de quelques pièces d'artillerie investit le Mont-Jarry, près des virages des M. Un autre détachement arrive par la Croix-Verte, remonte rue de Changeons.

Arlette Marie revit ce moment extraordinaire (30 ou 31) : «  C'était la joie, tout le quartier était là. Les pauvres hommes étaient dans un grand état de fatigue, en sueur. Un Canadien portait un chapelet autour du cou. « C'est maman qui me l'a donné », m'a-t-il dit. On leur offrait des fleurs et du cidre bouché. »
Puis le convoi se dirige vers le Bois-Guérin par les sentiers.

Le général Dager, aile droite de la 4e Division Blindée du major général John Wood, vient de prendre Avranches sans ordres précis, sans plan, sans combat
(E. Florentin).
Le colonel allemand Bacherer, de la 770 Division d'Infanterie, en repos dans la zone de Pontaubault, prépare la contre-offensive. La 77° s'est illustrée dans le Cotentin en échappant aux Américains après avoir fait 250 prisonniers.

Pont-Gilbert, 22 h, une importante colonne de véhicules allemands circule sur la route de la côte vers Pont-Gilbert. Comme ils portent des croix rouges, les Américains les laissent passer. C'est un piège. Les Allemands tirent à coup de fusils de leurs camions. Les tankistes américains ripostent, détruisent quelques véhicules qui bloquent le passage. Plusieurs centaines d'Allemands se rendent.

Textes de Michel Coupard et Jack Lecoq